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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 08:20

La sonnerie du téléphone vient me tirer de ma somnolence. Je quitte en titubant le clavier de l’ordinateur, faisant tomber au passage mon dictionnaire des synonymes qui se trouvait sur le coin du bureau, et me rends dans la pièce voisine. C’est Paul, un ami, qui m’invite à dîner ce soir. Il est désolé de m’avoir réveillé. Nous bavardons une bonne demi-heure, puis je reviens prendre place devant l’écran.

Dix heures déjà ! Est-il possible que j’aie dormi aussi longtemps ? Voyons, où en étais-je ?

 

« A l’instant même un souffle glacé parcourut tout mon être. »

 

Quoi ? J’ai  écrit ça ? Ca n’a pas de sens ! Que s’est-il passé ? … Je crains le pire.

Lecteur, lectrice, je te demande un petit moment, juste le temps de relire  rapidement l’épisode 2, histoire de me le remettre en mémoire.

 

C’est bien ce que je craignais ! Oh la la ! j’ai honte, j’ai honte ! Comment ai-je pu me laisser piéger ainsi par Clémentine ?

Un auteur bloqué avec son personnage aux confins de n’importe où, on n’a jamais vu ça !

Heureusement que Paul m’a téléphoné. Grâce à lui, je suis revenu sur Terre … Mais Clémentine ? Ma pauvre Clémentine, un personnage que j’ai créé, je ne peux pas la laisser là-bas. J’en suis responsable maintenant. Et de plus, j’entends d’ici ce que va dire le Conseil de l’Ordre : « Défaut de maîtrise d’un personnage : trois points de moins sur le permis ! » Je connais la sanction.

Comment vais-je m’en sortir ?

Bien sûr, je pourrais écrire :

 

Ce matin, Clémentine, sans savoir comment cela a pu se produire, s’est réveillée dans son lit. Le cauchemar était terminé etc. …

 

Mais non, cela  manque vraiment d’allure, de panache. Clémentine pourrait même en être froissée. Je ne peux pas lui faire ça. Il me faut trouver autre chose.

Le pire est qu’il m’est impossible de communiquer avec elle. S’il m’est arrivé de percevoir moi aussi « des choses », en ce moment, ma tête est comme un nid de bourdons, et je n’y vois goutte !

Je sais ! Je vais utiliser ma bonne vieille méthode toute personnelle : laisser aller mes doigts sur le clavier, comme ça, sans trop réfléchir. C’est risqué, mais cela donne parfois des résultats. Allons-y !

 

Voici qu’on sonne à la porte. (Décidément, on sonne beaucoup, ce matin ! ). Je vais ouvrir. Sur le seuil se tient un homme jeune, la trentaine, portant avec élégance costume bleu et cravate rose.

- Bonjour Monsieur. Excusez le dérangement, vous êtes bien l’auteur, n’est-ce pas ? Je me nomme Gaspard.

- En effet. Bonjour Monsieur Gaspard. Mais ôtez-moi d’un doute, vous n’êtes pas l’un de mes personnages, un personnage que j’aurais créé … par inadvertance ?

- Non, rassurez-vous, je viens d’une autre histoire. Vous savez, les histoires, c’est un peu comme les chemins, elles se croisent parfois …

- Ouf ! Je suis plus tranquille. Entrez donc. En quoi puis-je vous être utile ?

- Vous cherchez, je crois à joindre une certaine Clémentine.

- Mais oui ! Comment êtes-vous au courant ?

- Oh vous savez, je suis facteur de profession. Je connais beaucoup de monde !

- Et vous parviendriez à entrer en contact avec elle ?

- Sans doute.

- Mais vous savez où elle se trouve actuellement ?

- Bien entendu.

- Comment comptez-vous vous y prendre ?

- Avant toute chose, je dois, Monsieur, vous faire un aveu : je suis éperdument amoureux de Clémentine.

- Ah ? Et Clémentine vous aime aussi ?

- Oui, et vous n’ignorez pas que rien ne peut séparer deux cœurs qui s’aiment !

- C’est ma foi vrai ! Ainsi vous lui parlez et elle vous répond, même depuis le fin fond du … je ne sais quoi où elle se trouve ?

- Absolument ! Je vous propose donc d’écrire une lettre que je porterai à Clémentine.

- Une lettre ?

- Oui, une lettre qui la fera revenir.

- C’est une bonne idée. Mais, je suis curieux. Dites-moi, comment avez-vous connu Clémentine, si ce n’est pas indiscret.

- Je suis facteur, je vous l’ai dit, et je distribue du courrier un peu partout. « De l’autre côté », je n’y vais pas souvent, mais certaines fois tout de même. Il y a là-bas un meunier qui reçoit parfois des factures. Je crois qu’il s’agit de dettes contractées lors d’une existence précédente, enfin ce ne sont pas mes affaires. Clémentine vous a parlé d’un moulin qui se situe au pied de la colline ?

- En effet, nous étions sur le point d’y aller quand elle m’a tout raconté.

- C’est là que nous nous sommes rencontrés,juste après votre départ, un matin que Clémentine cueillait des fleurs. Elle était merveilleuse ! J’ai craqué, forcément. Les jours suivants, je suis revenu près du moulin, même si le meunier n’avait pas de factures, et nous avons fait plus ample connaissance.

- Je vous félicite, vous avez bon goût ! Clémentine est quelqu’un de bien, et puis elle a du caractère.

- C’est vrai. Je l’adore.

- Je suis bien content. Voyons maintenant cette lettre que je dois écrire. Au cours de ma formation, j’ai entendu parler de ce type d’écrit. Permettez, je cherche dans le dictionnaire : catastrophe … assistance … cas désespéré … j’y suis : rapatriement de personnage ! Voici. J’ai trouvé le formulaire.

Si vous voulez bien repasser demain matin, je vous le remettrai et vous n’aurez plus qu’à le porter à Clémentine.

- C’est d’accord. A demain, Monsieur l’auteur. »

 

Il est bien sous tous rapports, ce garçon.

Bon au travail ! Formulaire A225 modifié 317. Aïe ! « L’utilisation de cet outil vous coûtera deux points sur votre permis d’auteur. » Trois plus deux égale cinq. Le permis de débutant ne comportant que six points, me voilà à un point du précipice. Tant pis, je ne vois pas d’autre moyen.

Je dois vous avouer que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Cette lettre est capitale. Le moindre mot  de travers et c’est la catastrophe, l’irrémédiable ! Enfin je crois être parvenu à un résultat convenable. Il ne me reste plus qu’à saupoudrer l’ensemble de la poudre magique qu’il convient d’utiliser dans ce genre de cas. Celle-ci ne coûte qu’un point …

Un point ? Me voilà à zéro désormais. Heureusement, on me laisse le droit de terminer l’épisode, par égard pour le lecteur! Quelle histoire !

 

A six heures, Gaspard est repassé. Il a emporté la lettre. Aussitôt après son départ, je me suis endormi sur le canapé. Ce sont les cloches de l’église qui m’ont réveillé. Il était midi !

 

Le soir même, je suis allé attendre Clémentine à la sortie de son entreprise de tubes en caoutchouc. A dix-huit heures deux, les grilles se sont ouvertes.

Quel bonheur de la revoir !

« Clémentine !!!

-       Monsieur mon auteur, bonjour !

-       Vous ne m’en voulez pas trop ? Vous n’êtes pas fâchée ? Tenez, je vous invite. Allons prendre un café.

-       Si vous voulez, j’ai un petit moment. Gaspard doit venir me chercher tout à l’heure. Je suis si heureuse ! Si je suis fâchée ? Non, plus maintenant, parce que mon bonheur, c’est à vous que je le dois !        Et puis, vous savez la nouvelle : je n’ai plus du tout de visions !

-       Voilà une histoire qui finit bien. Je vous souhaite à tous les deux beaucoup de bonheur.

-       Merci, mais …

-       Qu’y a-t-il ?

-       Dites, Monsieur l’auteur, vous allez continuer à écrire mes aventures, n’est-ce pas ? Il suffit que vous soyez  à l’avenir plus circonspect, plus professionnel et tout ira bien … Je me sens si bien avec vous !

-       Hélas, Clémentine ! Je le voudrais bien, mais c’est chose impossible.

-       Pourquoi ?

-       J’ai perdu par ma faute tous les points de mon permis d’écrire. Je n’ai plus le droit d’aligner un mot sur une feuille de papier ou un écran d’ordinateur avant six mois. C’est la durée du stage de remise à niveau qui m’est imposé par le Conseil de l’Ordre.

-       C’est affreux ! Que vais-je devenir ?

-       Demandez à l’auteur qui a créé Gaspard.

-       Je ne peux pas. Ils se sont disputés la semaine dernière, à mon sujet, justement.

-       Il y aurait bien une possibilité …

-       Laquelle ?

-       Je publie votre CV. J’ai parmi mes lecteurs des écrivains au talent exceptionnel. Avec eux vous seriez dans d’excellentes mains. Peut-être certains seront-ils intéressés.

-       Oui, si vous voulez. Merci.

-       Ne pleurez pas, Clémentine, nous nous reverrons. Tenez, j’aperçois Gaspard qui vient vous chercher. Courez vite le rejoindre ! »

 

Nous nous sommes dit au revoir. J’étais ému moi aussi. Avant de tourner au coin de la rue, Gaspard et Clémentine, main dans la main, m’ont fait un petit signe et ont disparu.

Quant à moi, je me suis mis en devoir de rédiger sur la nappe en papier le CV de Clémentine :

 

Avis aux auteurs intéressés

 

Personnage disponible pour les six mois qui viennent

 

Clémentine

à peine la trentaine

jolie, intelligente, gentille, serviable

aimant les promenades dans la campagne et les fleurs sauvages

amoureuse de Gaspard

secrétaire dans une entreprise qui fabrique ce que vous savez

n’a plus aucune vision désormais

 

En passant près de moi, le garçon m’a demandé :
 " Monsieur, désirez-vous autre chose ? 

-       Non merci … ou plutôt si. S’il vous plaît, apportez-moi une poire Belle Hélène avec beaucoup de Chantilly et un autre … "*

 

FIN

 

*Le mot café n’a pu être imprimé, l’auteur étant arrivé à l’expiration de ses points, et un second café ayant été jugé superflu par le Conseil.

 

AG

 

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commentaires

Solange 28/10/2010 17:36



Je vais revenir lire la suite, mais avant 6 mois.



ag86 30/10/2010 11:48



C'est comme tu veux ! Bisous et bon samedi !



Marine 31/01/2009 13:55

=)

antoni 24/01/2009 17:17

"Bonjour, je vous apporte une bonne et une mauvaise nouvelle !
- Du courrier ? Vous n'êtes pas le facteur habituel. Où est Gaspard ?
- C'est la mauvaise nouvelle ; il est cloué au lit, avec une bonne grippe.
- Bien ! Qu'il se repose alors ! Et la bonne, je suis censé la lire dans cette lettre que vous tenez ?
- Absolument... Je vous laisse, je dois aller cueillir des pages dans le champ de lecture juste derrière chez vous."

Je ne connaissais pas l'expéditeur de ce singulier courrier. Tout juste y ai-je appris, en le parcourant, qu'un improbable conseil m'intimait l'ordre de ne pas poursuivre ma relation avec Clémentine. Quelle relation, d'abord ? Au prix du sacrifice du plus beau phénix qui soit sur Terre, il avait transmis sa plus belle plume _ une bleue _ à celui qui la méritait le plus. L'homme était définitivement réhabilité. Je ne serai donc pas l'Elu...

ANTONI 23/01/2009 11:35

Je vous ai déjà dit que j'aimais bien Clémentine et monsieur son auteur ???
J'ai bien lu son CV et j'aurais bien aimé la recevoir. Malheureusement, je ne peux me le permettre et ce, pour trois raisons essentielles :
- je ne suis pas un écrivain au talent exceptionnel
- je crains de ne pas avoir mis le mot fin à ses aventures en moins de six mois
- la dernière, la plus importante est que...

Ah, pardonnez-moi, on sonne à la porte !... Bonjour mademoiselle, en quoi puis-je vous être utile ?...

Bonjour Et Bienvenue !

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Alain GAUTRON    

 

 

Mon second blog :

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Fables et écrits courts

 

 

 

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  "La prose de la vie nous permet de survivre.

Mais vivre, c'est vivre poétiquement."

 

Stéphane HESSEL

(Le chemin de l'espérance)

 

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70 fables en vers

illustrées de photos en noir et blanc

par Yveline  (yg86)

150 pages

 

Ed. : TheBookEdition

 

Dans la rubrique "Rechercher un livre"

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PARLANGHE POITEVIN

 

 


L’imaginaire hameau de La Beurlandrie, de la non moins imaginaire commune de Taupignac, véritable petit « Cloche-Merle » du Poitou, nous livre ici tous ses secrets. Dans une suite de courtes histoires reliées un peu à la manière d’un roman, l’auteur nous raconte, dans une langue truculente, les dires, les faits et gestes, les espoirs et les déboires de La Jheanne, La Simoune, Le Bicognard, La Grimaude, le thiuré, Sébastien l’facteur, et pi bin d’autes…
Alain Gautron est né en 1948 et a passé toute son enfance à Charroux. Dans ses textes, il retrouve son parler familial, le poitevin méridional commun au sud-Civraisien (sud de la Vienne) et au Ruffécois (Charente poitevine). — Préface d’Yves Gargouil, maire de Charroux et vice-président du Conseiller général de la Vienne.
En fin d’ouvrage, Eric Nowak propose une petite étude sur la langue de l’auteur, et la resitue dans l’ensemble poitevin et saintongeais.

Editions PyréMonde juillet 2009

 

Vient de paraître :

 

 

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Toi qui repousses l'étranger,

A son encontre qui fulmines,

Pourrais-tu, plutôt que juger,

Considérer tes origines ?

 

Notre Histoire est un long voyage ...

Les peuples ont mêlé leur sang.

Aberration, ce "Pur Lignage",

Celui dont tu te dis l'enfant !

 

N'es-tu pas Celte ou  fils de Rome,

D'Afrique, berceau des Humains,

Etre cosmopolite en somme,

Riche de tes parents lointains ?

 

Rien ici-bas n'est étranger,

Et si la haine fait recette,

C'est que notre oeil est abonné ...

Au petit bout de la lorgnette !

 

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Ce sang qui coule dans nos veines

Porte en lui tous les souvenirs

De la grande Famille Humaine

Et tant d'Amour qui veut grandir !

 

Toi qui repousses l'étranger,

A son encontre qui fulmines,

Pourrais-tu, plutôt que juger,

Considérer tes origines ?

 

AG

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