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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 06:37

 

La mairrie de Taupignac. 9h dau matin. La Lucette, la segrétaire, vint de prend' son service. Tout d'un coup, volà la porte qui s'ouv' à la volée :

 

–– Lucette, Lucette, où qu'ol'est l'maire ? Où qu'l'est, bordel de bordel ? Où qu't'es Barnabé ? I veux l'voir tout d'suite ! Ol'est grave ! Ol'est  grave ! Barnabé ! Barnabé !

–– Calmez-vous, Monsieur Gargasson, calmez-vous ! Monsieur le maire est actuellement en rendez-vous, il ne peut pas vous recevoir ...

–– Pas m'recevoir, moué Millin Gargasson, son camarade de communion ! Ah ! I veurais ben voir ça ! Où qu'ol'est thiô rendez-vous, bordel de bordel ? Barnabé ! Barnabé !

–– Asseyez-vous, il va bientôt arriver.

–– Non, i m'assit'rai pas, i veux l'voir tout d'suite ! Et pis auteurment, i va tout casser ! I va tout casser, crè fi'd'diarce  ! (L'commence à attraper une chaise).

–– Ne cassez rien, calmez-vous, calmez-vous, je vais le chercher !

–– Ah la bounne heure ! Dépêche-tou, Lucette ! Ol'est un' quession d'vie ou d'mort ! Ah! Mes drôles quelle histoire ! Quelle histoire ! (Le s'prend la tête dans les mains, mais tout d'un coup, l'se r'dresse, tout roughe.) Barnabé, bordel de bordel, où qu't'es ?

Avant qu'la Lucette aille eu l'temps de s'lever peur aller chch'er l'maire, une porte s'ouv' :

–– Qu'est-ce qui se passe don, Lucette, qu'o dieule de même ?

–– Monsieur le maire, c'est Monsieur Gargasson qui ...

–– Ah ! Barnabé, Barnabé, moun' ami, mon frère, vins à mon s'cours ! Sauve-mou ou i seus un' houmme mort !

–– Millin ? Mais enfin qui qu'tu fais là ?

–– Ah ! mon paur' Barnabé, si tu savais !

–– Tu m'as l'air dans un drôle d'état. Qui qui t'arrive don ?

–– I m'seus fait att ... att ... attaquer !

–– Attaquer ? Quand ? Où çà ?

–– Attaquer et pis voler ! A la minute ... sû la piace de l'église !

–– Ca par exemp' ! Et comment qu'ol'est arrivé ?

–– I sortais d'chez la Nicole ... I v'nais jhuste de faire dix mèt' avec ma voture ... Et pis là ... Et pis là ... Ah! I va m'trouver mal ! Volà mon diabète qui me r'prend ! Ol'est la fin ! I zou sens. Va ...  Va qu'ri' l'thiuré Barnabé ... Va ...

–– Allons, allons, assis-tou là, respire douc'ment. Là ... Qui qu't'avais bu d'abord chez la Nicole ?

–– Attends qu'i m'rappelle ...Oh pas grand'chouse. Coumme tous les matins. Sept ou huit tournées d'Pernod avec Gorgheton.

–– Bon. Respire ... Là ... Tu t'sens mieux avour ?

–– Voui, un p'tit bout.

–– Alors, qui qui t'a attaqué ?

–– Deux gars armés avec daus pistolets ...

–– A Taupignac ? Qui qu'tu racontes !

–– I t'assure ! L'avant ouvri la portière et pis l'm'avant fait descend'. I ai rin compris c'que l'm'avant dit. L'm'avant pris les quiés d'ma voture et pis tout moun' arghent ! Et pis m'volà ...(Le s'met à brailler.)

–– Comben ?

–– 90 zeuros, tout c'que i 'avais ! L'm'avant même pas laissé d'quoué m'ach'ter mon paquet d'tabac !

–– Quand même, thielle violence, al'est peurtout ! Qui qu'arait pu imaghiner ça ? Ta, même à l'école ! Honoré l'instituteur me disait hier qu l'a dû encore séparer le p'tit Paul, le drôle à la Simoune et Aurélien, le p'tit-fils à Mathurin ... Lucette, note à l'ord' du jhour dau prochain conseil municipal : vague de violence à Taupignac : comment l'érad ... Comment qu'o dit dèjhà, Lucette ?

–– Eradiquer ?

–– Volà : éradiquer ! Ol'est un jholi mot, ça. Merci ma drôllière.

–– Dis-don, Barnabé, et mes voleurs, tu y songhes à mes voleurs ? I cré ben qu'tu t'en fous, voui ! Tu laisses tomber toun'ami quand qu'l'est au bord dau sucide. Ta, i ai pus qu'à m'pend' ou ben me jh'ter dans la Beurlandine !

–– O y a pas d'eau d'thiétemps dans la Beurlandine ! Comment qu'l'étiant tes voleurs ?

–– L'étiant deux.

–– Tu m'z'as déjhà dit, mais leur âghe, comment qu'l'étiant habillés ?

–– Trente ans, habillés en bleu, tout en bleu.

–– Avec un casque sû la tête, daus bottes et un ceinturon ?

–– I crés ben ... Voui, ol'est ça. Comment qu'tu zou sais ? Tu les counnais ?

–– (Se r'tenant d'rigoler) Possib'. Essaye de t'rapp'ler de c'que l't'avant dit.

–– I m'en souvins pas ... Dis don, t'as pas un p'tit coup à bouère dans ta mairrie ? Me semb' qu'o m'remont'rait et pis qu'après o me r'vindrait mieux.

–– O peut s'faire. Vins par là.

Les volà qui passant dans la salle dau cadast'. Barnabé ouv' un buffet et sort un lit' de roughe et deux verres. Le bouévant tous deux.

–– Essaye de t'rapp'ler.

–– O y en avait un avec un grand nez. L'm'a dit ...

–– Qui que l't'a dit ?

–– Ah ! Voui : qu'i'avait pas ma ceinture !

–– Et pis, tu l'avais ?

–– Ben sûr qu'i ll'avais ! Comment qu'tu veux qu'ma thiulotte a tenne auteurment ? I y ai ben dit, mais l'a rigolé, tu penses, un voyou ! Et pis tu sais pas l'pire !

–– ...

–– Défaut d'ceinture qu l'aut' a écrit sû un papier ! Comment ? qu'i ai dit. Ma ceinture, al a pas d'défaut ! Ol'est mon p'tit Lexand' qui m'l'a dounnée peur moun' anniversaire. Tu pales d'une offense ! Le l'avait faite veni' avec le catalogue daus Trois Suisses, le chêti drôle. Et pis tu pales d'une idée, d'z'écrire sû un bout d'papier ! Ah! Là, Barnabé, i sais pas c'qui m'a r'tenu d'le caloter !

–– O v'lait mieux pas.

–– Tu t'rends compte ? I t'zou dis à toué pace que t'es l'maire et pis qu't'es moun' ami : i sons pus en sécurité nulle part, en France ! O s'fait attaquer à sa porte ! Qui que l'fazant don les ghendarmes au ieu d'couri après les voleurs ? Barnabé, me laisse pas tomber, camarade ! Emmène-mou les voir tout d'suite, que l'retrouvant thiès deux salop'ries !

 

AG 

 

 

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commentaires

Channig 08/06/2009 20:31

oK je surveillerai tes prochaines histoires.....Kénavo ha Pokoùbras (en breton ça veut à peu près dire la même chose que toi : Al'arvou"yure........... 

ag86 08/06/2009 23:33


Merci. A bientôt, après une pause.


channig 08/06/2009 10:37

Une bonne partie de l'après-midi de samedi je l'ai passée à lire ta série en patois poitevin !!! franche rigolade....et je peux te dire que ça fait du bien. Je suis bretonne et je ne connais pas ce patois. De temps en temps je demande à mon compagnon (charentais) de me dire quelques phrases en patois charentais qui est sensiblement le même que celui-là et ça me fait rire.... Merci aussi pour ce bon moment !!!Bises 

ag86 08/06/2009 20:24


Oui, les deux patois se ressemblent. Je suis bien content que cela t'ait fait passer un moment agréable. A l'avenir, il faudra que je publie d'autres histoires. Il y en a une bonne trentaine !
Al'arvouéyure , i t'bighe ! (A bientôt, bisou)


Marine 31/01/2009 14:10

hihi trop drole ^^

Bonjour Et Bienvenue !

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Alain GAUTRON    

 

 

Mon second blog :

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Fables et écrits courts

 

 

 

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dessin PG 01

 

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  "La prose de la vie nous permet de survivre.

Mais vivre, c'est vivre poétiquement."

 

Stéphane HESSEL

(Le chemin de l'espérance)

 

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couverture

 

70 fables en vers

illustrées de photos en noir et blanc

par Yveline  (yg86)

150 pages

 

Ed. : TheBookEdition

 

Dans la rubrique "Rechercher un livre"

taper : FABLES

 

 

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à Line


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L'homme d'un seul livre,

comment peut-il être libre ?

 

 

"Que la jeunesse y prenne garde !

Qu'elle n'aliène jamais sa conscience au bénéfice d'un parti, d'une idéologie, d'un homme !"

André Frossard


"La pollution de la planète n'est qu'un reflet extérieur d'une pollution psychique intérieure, celle de millions d'individus inconscients qui ne prennent pas la responsabilité de leur vie intérieure." Eckhart Tolle

Aplumedor

Merci Line

 

 

gentillesse

 

Merci Sonya


 

Blog d'or
décerné par Lee Rony
le 30/07/09
Je le remercie
très chaleureusement.





Coeur de l'Amitié
Merci à
Bilitis
et Channig



Certificat
s
Merci à
Didier


certificat
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Merci Sissi
plume bleue

PARLANGHE POITEVIN

 

 


L’imaginaire hameau de La Beurlandrie, de la non moins imaginaire commune de Taupignac, véritable petit « Cloche-Merle » du Poitou, nous livre ici tous ses secrets. Dans une suite de courtes histoires reliées un peu à la manière d’un roman, l’auteur nous raconte, dans une langue truculente, les dires, les faits et gestes, les espoirs et les déboires de La Jheanne, La Simoune, Le Bicognard, La Grimaude, le thiuré, Sébastien l’facteur, et pi bin d’autes…
Alain Gautron est né en 1948 et a passé toute son enfance à Charroux. Dans ses textes, il retrouve son parler familial, le poitevin méridional commun au sud-Civraisien (sud de la Vienne) et au Ruffécois (Charente poitevine). — Préface d’Yves Gargouil, maire de Charroux et vice-président du Conseiller général de la Vienne.
En fin d’ouvrage, Eric Nowak propose une petite étude sur la langue de l’auteur, et la resitue dans l’ensemble poitevin et saintongeais.

Editions PyréMonde juillet 2009

 

Vient de paraître :

 

 

Patois 01 Nowak

 

blason-Poitou-Charentes.jpg

Tour Charlemagne

Catégories

Merci de votre visite !

 

 

 

rose notes

 

 


DIFFERENCES


Toi qui repousses l'étranger,

A son encontre qui fulmines,

Pourrais-tu, plutôt que juger,

Considérer tes origines ?

 

Notre Histoire est un long voyage ...

Les peuples ont mêlé leur sang.

Aberration, ce "Pur Lignage",

Celui dont tu te dis l'enfant !

 

N'es-tu pas Celte ou  fils de Rome,

D'Afrique, berceau des Humains,

Etre cosmopolite en somme,

Riche de tes parents lointains ?

 

Rien ici-bas n'est étranger,

Et si la haine fait recette,

C'est que notre oeil est abonné ...

Au petit bout de la lorgnette !

 

Mille couleurs et  non l'unique

Font tout le charme d'un décor.

Pourrait-on parler de musique

S'il n'existait qu'un seul accord ?

 

Ce sang qui coule dans nos veines

Porte en lui tous les souvenirs

De la grande Famille Humaine

Et tant d'Amour qui veut grandir !

 

Toi qui repousses l'étranger,

A son encontre qui fulmines,

Pourrais-tu, plutôt que juger,

Considérer tes origines ?

 

AG

A bientôt !

 

oiseau de l'amitié

 

 


couronne noel








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Ferrat 03

 

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