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La p’tite motié d’poulet

(ou : Le d’mi jhô)

 

O y avait une foué un paur’ houmme qui s’app’lait Jehan-Louis. L’vivait ac sa bounne famme et ses six drôles dans une chêtie masure de bois, au milleu d’un villaghe, au pied dau château d’un maufasant seigneur, une vraie salop’rie.

La vie était point aisie d’thiô temps-là, tu peux m’crère ! O y’avait pas l’chauffaghe central ni l’internet !

 

Un jhour que l’Jehan-Louis comptait sa bourse  peur encore une foué payer l’impôt au seigneur, volà qu’sa bounne femme l’appelle dans l’jhardin peur l’aider. L’y va, ben entendu, et laisse la bourse sû la tab’.

Volà qu’à thiô moument-là, l’seigneur qui s’rendait d’la chasse, passe dans les charrières monté sû son grand chouau tout nègre. L’s’arrête, r’garde dans la cabane et voué la bourse. Ni une ni deux : le la prend et s’en va au grand galop.

C’que l’avait pas vu, ol’tait une chêtie créature qui grattait dans la cour peur attraper daus liches : la p’tite motié d’poulet !

Mais elle, al’avait tout vu, i peux t’z’acertainer !

 

La volà qui s’met à hucher à pien gosier :  

--Mauvais seigneur, rends la bourse que t’as volée à mon maît’ Jehan-Louis ! 

 Et a s’met à galoper après li aussi vite qu’a peut.

Ben entendu, o y avait longtemps déjhà que l’seigneur avait ripé gailloche, mais a counnaissait l’chemin dau château.

 

En sortant dau villaghe, a rencontre une échale accotée à un pailler.

--Où don qu’tu vas si vite,  p’tite motié d’poulet ? quo d’mande l’échale.

--I vas au château r’prend’ au maufasant seigneur la bourse que l’a volée à mon maît’ Jehan-Louis !

--Veux-tu m’emm’ner ? O m’promèn’ra.

--Si tu veux. Monte sû moun’ échine !

Et les volà parties.

 

 Le ch’min était malaisi, tout pien d’chails et d’érondes, mais o fasait rin, la p’tite motié d’poulet marchait bon train.

A un tournant, al’  arrive au bord d’un p’tit riganâ qui coulait entre les ortrughes.

--Où don qu’tu vas si vite,  p’tite motié d’poulet ? quo d’mande le riganâ.

--I vas au château r’prend’ au maufasant seigneur la bourse que l’a volée à mon maît’ Jehan-Louis !

--Veux-tu m’emm’ner ?

--Si tu veux. Monte sû moun’ échine !

Et les volà partis.

 

En passanr d’vant un grou châgne cabourne, al entend une voix :

--Bonjhour !

Ol’tait le r’nard. Mais n’aye pas peur, l’allait pas mangher la p’tite motié d’poulet ! Al’tait counnue dans la réghion et l’monde saviant qu’o fl’ait pas s’y frotter.

--Où don qu’tu vas si vite,  p’tite motié d’poulet ? quo d’mande le r’nard.

--I vas au château r’prend’ au maufasant seigneur la bourse que l’a volée à mon maît’ Jehan-Louis !

--Veux-tu m’emm’ner ?

--Si tu veux. Monte sû moun’ échine !

Et les volà partis.

 

Un p’tit bout pus loin, en sortant dau bois, a trouve le louc.

--Où don qu’tu vas si vite,  p’tite motié d’poulet ? quo d’mande le louc.

--I vas au château r’prend’ au maufasant seigneur la bourse que l’a volée à mon maît’ Jehan-Louis !

--Veux-tu m’emm’ner ?

--Si tu veux. Monte sû moun’ échine !

Et les volà partis.

 

Le ch’min montait dur et o fasait chaud. Enfin al arrive au château, d’vant l’ pont-l’vis.

--Ouvrez-mou la porte ! qu’ a dit au soldat.

L’a cherché peurtout peur vouère qui qui y causait d’même. Quand qu’l’a apeurçu la bête, ol’l’a pas empêché d’rigoler tout son saoûl.

--Veux-tu t’sauver ! espèce de salop’rie !

Mais à thiô moument-là, l’thiusinier dau château passe la tête à une fenêt’ :

--Attrap’ don thiel oziâ ! que l’dit au soldat. I va l’mett’ dans la soup’ de nout’ seigneur !

Le soldat attrape la p’ti’ motié d’poulet au collet et la porte à la thiusine.

--L’est pas ben grous, qu’o dit l’thiusinier, mais o fait rin. Allez, hop ! dans la marmite !

 

A thiô moument-là, la p’tit’ motié d’poulet s’envole par la f’nêt et va s’poser sû  la tab’ dau seigneur, jhuste devant son nez.

--Rends la bourse que t’as volée à mon maît’ Jehan-Louis !

--Comment ? quo dit l’seigneur. Gardes, attrapez-mou thiel oziâ et jh’tez-lou dans l’pouê !

Sitout dit, sitout fait. En arrivant au fond dau pouê, la p’tit’ motié d’poulet s’met à hucher :

--Echale, échale, vins à mon s’cours ou ben i seus peurdue !

L’échale arrive et la p’tit’ motié d’poulet sort dau pouê.

Aussitout, a r’vint d’vant l’nez dau seigneur :

 

--Rends la bourse que t’as volée à mon maît’ Jehan-Louis !

--Encore toué ! quo dit l’seigneur. Enfroumez thiel oziâ dans l’poulailler, i veux pus l’vouère !

Sitout dit, sitout fait. Au milleu d’toutes les poules, al allait s’faire ébouiller coumme une pouère chope, ol’est ben râle dezard !

--Vite ! R’nard, r’nard ! vins à mon s’cours ou ben i seus peurdue !

Ah ! mes pauv’ z’amis ! Si v’aviez vu l’ghigouri qu’l’a fait dans thiô poulailler !

L’ a manghé toutes les poules et l’jhô avec ! O n’en restait pas iune !

 

Pas putout sortie, la p’tit’ motié d’poulet r’vint d’vant l’seigneur :

--Rends la bourse que t’as volée à mon maît’ Jehan-Louis !

--Est-tou possib’ ? qu’o dit l’seigneur. Te r’volà ! Gardes, mettez thielle bête dans l’té daus oueilles et froumez ben la porte !

Sitout dit, sitout fait. Entre les pattes daus oueilles, al’en m’nait pas larghe.

--Louc ! Vins vite à mon s’cours ou ben i seus peurdue !

Le grand louc a sorti, l’a manghé toutes les oueilles en moins d’temps quo faut peur zou dire ! O n’en restait pas iune !

 

La p’tit’ motié d’poulet a rev’nu d’vant l’seigneur :

--Rends la bourse que t’as volée à mon maît’ Jehan-Louis !

--Ah ! Thiel oziâ a l’diab’ manché dans les palettes ! Thiusinier ! Jhette lou dans l’four !

Sitout dit, sitout fait. O fasait chaud là-d’dans, mes bons amis !

--Vite, vite ! Riganâ, vins à mon s’cours ou ben i seus peurdue !

L’riganâ a inondé l’four, l’a inondé la thiusine, l’a inondé les chamb’, pis tout l’château.

 

Voyant qu’le s’rait pas l’maît et créyant qu’la p’tit’ motié d’poulet était l’diab’ en peursounne, l’ seigneur, trembiant coumme une feuille, y a r’dounné la bourse et pis tout soun’ or et ses bijhoux. L’était pas fier, i  vous zou garantis.

 

Quand qu’la p’tite motié d’poulet a été rendue à la cabane à Jehan-Louis, al’a vu qu’le brâilliant teurtous : Jehan-louis, sa bounne fmme et les six drôles.

--Comment qu’i allons faire peur viv’ avour ? qu’o disait jehan-Louis.

Mais quand qu’l’avant vu la p’tit’ motié d’poulet et pis c’qual apportait, ol’a changhé d’musique !

Dèpis thiô temps, toute la famille vit larghement, tu peux m’crère, et la p’tit’motié d’poulet manghe à tab’, une serviette autour dau cou !

 

(Thiô conte, ol’est ma grand’mère Marie Léontine Musard qui m’l’a raconté. O y a longtemps d’ça, alors p’têt ben qu’i l’ai un pt’t bout arranghé à ma façon !)

 

Et pis i ai marché sû la queue d’une souris, et mon conte, l’est fini !

AG

 

 

 

 

 

 

 

 

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Alain GAUTRON    

 

 

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Fables et écrits courts

 

 

 

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(Le chemin de l'espérance)

 

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L'homme d'un seul livre,

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PARLANGHE POITEVIN

 

 


L’imaginaire hameau de La Beurlandrie, de la non moins imaginaire commune de Taupignac, véritable petit « Cloche-Merle » du Poitou, nous livre ici tous ses secrets. Dans une suite de courtes histoires reliées un peu à la manière d’un roman, l’auteur nous raconte, dans une langue truculente, les dires, les faits et gestes, les espoirs et les déboires de La Jheanne, La Simoune, Le Bicognard, La Grimaude, le thiuré, Sébastien l’facteur, et pi bin d’autes…
Alain Gautron est né en 1948 et a passé toute son enfance à Charroux. Dans ses textes, il retrouve son parler familial, le poitevin méridional commun au sud-Civraisien (sud de la Vienne) et au Ruffécois (Charente poitevine). — Préface d’Yves Gargouil, maire de Charroux et vice-président du Conseiller général de la Vienne.
En fin d’ouvrage, Eric Nowak propose une petite étude sur la langue de l’auteur, et la resitue dans l’ensemble poitevin et saintongeais.

Editions PyréMonde juillet 2009

 

Vient de paraître :

 

 

Patois 01 Nowak

 

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DIFFERENCES


Toi qui repousses l'étranger,

A son encontre qui fulmines,

Pourrais-tu, plutôt que juger,

Considérer tes origines ?

 

Notre Histoire est un long voyage ...

Les peuples ont mêlé leur sang.

Aberration, ce "Pur Lignage",

Celui dont tu te dis l'enfant !

 

N'es-tu pas Celte ou  fils de Rome,

D'Afrique, berceau des Humains,

Etre cosmopolite en somme,

Riche de tes parents lointains ?

 

Rien ici-bas n'est étranger,

Et si la haine fait recette,

C'est que notre oeil est abonné ...

Au petit bout de la lorgnette !

 

Mille couleurs et  non l'unique

Font tout le charme d'un décor.

Pourrait-on parler de musique

S'il n'existait qu'un seul accord ?

 

Ce sang qui coule dans nos veines

Porte en lui tous les souvenirs

De la grande Famille Humaine

Et tant d'Amour qui veut grandir !

 

Toi qui repousses l'étranger,

A son encontre qui fulmines,

Pourrais-tu, plutôt que juger,

Considérer tes origines ?

 

AG

A bientôt !

 

oiseau de l'amitié

 

 


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