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Il y avait là-dessous un mystère, vous vous en doutez, un secret que ni Lucas ni son épouse n’avaient envie de voir s’ébruiter...

 

Parce qu’il faut vous dire qu’autrefois, avant ce fameux jour qui avait changé leur vie, le jardin avait un tout autre aspect : tout n’y était que ronces et orties ! On  n’aurait pas pu y faire pousser un radis. A cette époque, tous deux vivaient dans la misère la plus noire.

 

Ce jour-là donc, ils ne sont pas près de l’oublier, alors que Lucas flânait dans les bois comme à son habitude, il entendit un bruit derrière un taillis, puis une petite voix qui gémissait. Ecartant les arbustes et les fougères, il découvrit une mare, et au beau milieu, quelque chose qui s’agitait, dans un bouillonnement de vase et de nénuphars, un tout petit homme lui sembla-t-il. Vite, il saisit une branche morte et la tendit à la créature qui paraissait à la dernière extrémité. Celle-ci s’agrippa et Lucas la tira sur la rive.

 

C’était un tout petit bonhomme, haut comme rien, tout ruisselant et habillé de vert, avec sur la tête un drôle de bonnet pointu. Il portait une grande barbe blanche et paraissait très âgé, mais une fois sur la terre ferme, il se mit à sauter de joie, à bondir tout autour de Lucas comme un cabri. Il parlait une langue inconnue, mais Lucas comprit que le fadet, car c’en était un, le remerciait chaleureusement.

« Tu vas prendre froid, mon gars, dit Lucas. Viens à la maison te réchauffer près d’un bon feu ! »

A ces mots, il prit le fadet sur ses épaules et rentra chez lui. Odette était partie rendre visite à une amie du village. Lucas alluma une flambée dans la cheminée avec quelques branches ramassées dans le sous-bois et installa le fadet juste devant, sur le tabouret du chat.

Le fadet souriait. Il avait de bons yeux perçants et malicieux. Lucas lui proposa une tartine avec un reste de pâté qu’il mangea avec appétit. Il engloutit ensuite plusieurs petits gâteaux secs, les derniers, et but un dé à coudre de jus de pomme.

Quand il fut tout à fait séché et repu, le petit homme se planta devant Lucas et lui dit :

 

« Père Lucas, tu m’as sauvé la vie ; tu seras récompensé. Sais-tu qui je suis ?

-Non, dit Lucas tout surpris. Mais, tu parles notre langue ?

-Oui, mais seulement quand j’ai l’estomac plein. Mais laissons cela. Je suis le roi des Fadets. J’ai vu ton jardin ; c’est une vraie misère ! Si tu le veux, tu auras sans te fatiguer le plus beau jardin du canton ! Chaque nuit, nous les fadets viendrons le cultiver, mais promets-moi une seule chose !

-Quoi donc ?

-Il ne faudra jamais chercher à nous voir, ni en parler. Autrement, ton beau jardin redeviendra une friche et la misère habitera à nouveau votre logis !

-Eh bien, c’est d’accord, je te promets, répondit Lucas.

-Topons là ! Lucas, te voilà maintenant un homme riche !

-Merci, dit Lucas. Tiens, il reste une miette gâteau, en veux-tu encore un peu ? »

 

Lucas se retourna vers la table, prit la miette de gâteau, mais quand il voulut la tendre au fadet, celui-ci avait disparu.

 

Lucas s’assit sur une chaise devant le feu, et tout en croquant le petit morceau de gâteau, songeait à ce que lui avait dit le petit homme. Et si c’était vrai ?

 

A ce moment, Odette entra dans la cuisine avec dans son panier quelques châtaignes ramassées sur le chemin.

Lucas lui raconta son aventure et lui fit promettre de ne jamais en parler à personne et surtout de ne pas chercher à voir les fadets la nuit. Elle promit, sans trop y croire. Tous deux mangèrent les châtaignes et allèrent se coucher. Ils ne dormirent pas très bien cette nuit-là et firent de drôles de rêves.

 

Dès l’aube, Lucas et Odette coururent au jardin : quelle merveille ! Tout était magnifique, les allées bien propres, les planches de légumes soigneusement sarclées, et quels légumes ! Le fadet n’avait pas menti. Jamais personne n’avait vu un aussi beau jardin !

La nouvelle se répandit à la vitesse de l’éclair. Les voisins puis les gens de l’extérieur vinrent en nombre. On s’arrachait littéralement les légumes qu’Odette vendait chaque samedi.

 

Finies les années de misère et les privations ! Avec l’argent des légumes, Odette avait très bien arrangé l’intérieur de la maison et Lucas s’était acheté de beaux souliers et un chapeau. Tous deux étaient maintenant riches !

 

Un soir de pleine lune, alors que Lucas était parti à une réunion avec les notables du village, Odette en allant se coucher passa près de la fenêtre. Les volets n’étaient pas fermés.

Machinalement, elle tourna la tête du côté du jardin, mais se ravisa rapidement, sachant qu’un seul regard serait fatal. Lucas le lui avait bien précisé.

Si elle avait jeté un coup d’œil, elle aurait en effet  aperçu une véritable meute de petits bonshommes occupés dans tous les coins du jardin à tailler, planter, semer, arroser. On aurait dit une vraie fourmilière !

A ce moment précis, le chat qui voulait sortir se prit dans ses jambes. Elle se rattrapa comme elle put, mais sa main heurta la vitre. Au bruit, les fadets se retournèrent, la virent et d’un seul coup disparurent.

 

Odette courut se coucher, en proie à l’inquiétude, espérant que les petits hommes reviendraient tout de même. Elle n’avait rien fait de mal. Elle n’avait même rien vu du tout !

Quand Lucas rentra de sa réunion, elle ne lui dit rien, mais le matin au réveil, quel désastre ! Le jardin était redevenu une friche. Tout n’était que ronces et orties !

 

Odette dut s’expliquer, et je vous assure qu’il y eut des mots !

 

Mais une fois la colère passée, tous deux prirent une grande décision, et dans les jours qui suivirent, ils  ne quittèrent pas leur jardin. Il fallait les voir faucher les ronces et les orties, bêcher, semer, planter, arroser ! Bientôt, le jardin, à force de travail, redevint aussi beau que quand il était cultivé par les fadets.

Lucas ne flânait plus dans la campagne, Odette ne tricotait plus, elle n’en avait pas le temps, mais chaque samedi, elle installait son étal au bord de la route, sous le grand chêne,  et les gens venaient de loin acheter les légumes.

Pendant ce temps, le père Lucas, du lever au coucher du soleil, s’activait dans les plates-bandes, le dos courbé, soucieux d’arracher le moindre brin d’herbe. Il s’était même mis à parler aux plantes et elles le lui rendaient bien.

Mais s’il avait relevé la tête, le vieux jardinier aurait pu voir, assis sur une branche tout en haut du grand chêne, un petit vieillard à longue barbe blanche qui le regardait en souriant de ses yeux malicieux. Le chat se tenait à ses côtés.

 

Odette et Lucas vécurent ainsi heureux et longtemps du fruit de leur travail.

 

AG

 

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Alain GAUTRON    

 

 

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Fables et écrits courts

 

 

 

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  "La prose de la vie nous permet de survivre.

Mais vivre, c'est vivre poétiquement."

 

Stéphane HESSEL

(Le chemin de l'espérance)

 

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Dans la rubrique "Rechercher un livre"

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L'homme d'un seul livre,

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PARLANGHE POITEVIN

 

 


L’imaginaire hameau de La Beurlandrie, de la non moins imaginaire commune de Taupignac, véritable petit « Cloche-Merle » du Poitou, nous livre ici tous ses secrets. Dans une suite de courtes histoires reliées un peu à la manière d’un roman, l’auteur nous raconte, dans une langue truculente, les dires, les faits et gestes, les espoirs et les déboires de La Jheanne, La Simoune, Le Bicognard, La Grimaude, le thiuré, Sébastien l’facteur, et pi bin d’autes…
Alain Gautron est né en 1948 et a passé toute son enfance à Charroux. Dans ses textes, il retrouve son parler familial, le poitevin méridional commun au sud-Civraisien (sud de la Vienne) et au Ruffécois (Charente poitevine). — Préface d’Yves Gargouil, maire de Charroux et vice-président du Conseiller général de la Vienne.
En fin d’ouvrage, Eric Nowak propose une petite étude sur la langue de l’auteur, et la resitue dans l’ensemble poitevin et saintongeais.

Editions PyréMonde juillet 2009

 

Vient de paraître :

 

 

Patois 01 Nowak

 

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rose notes

 

 


DIFFERENCES


Toi qui repousses l'étranger,

A son encontre qui fulmines,

Pourrais-tu, plutôt que juger,

Considérer tes origines ?

 

Notre Histoire est un long voyage ...

Les peuples ont mêlé leur sang.

Aberration, ce "Pur Lignage",

Celui dont tu te dis l'enfant !

 

N'es-tu pas Celte ou  fils de Rome,

D'Afrique, berceau des Humains,

Etre cosmopolite en somme,

Riche de tes parents lointains ?

 

Rien ici-bas n'est étranger,

Et si la haine fait recette,

C'est que notre oeil est abonné ...

Au petit bout de la lorgnette !

 

Mille couleurs et  non l'unique

Font tout le charme d'un décor.

Pourrait-on parler de musique

S'il n'existait qu'un seul accord ?

 

Ce sang qui coule dans nos veines

Porte en lui tous les souvenirs

De la grande Famille Humaine

Et tant d'Amour qui veut grandir !

 

Toi qui repousses l'étranger,

A son encontre qui fulmines,

Pourrais-tu, plutôt que juger,

Considérer tes origines ?

 

AG

A bientôt !

 

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